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Nouvelles fraîches

L’art numérique et les logiciels de création graphique

27/5/2017

 
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Dans mon plus récent article sur l’art numérique, j’ai traité de la tablette graphique en tant qu’outil de création graphique. Dans le présent article, j’aborderai plutôt les principaux logiciels de création graphique du point de vue de la pratique artistique et de l’image matricielle. 
 
Adobe Photoshop
 
Ce logiciel de retouche d’image matricielle (dont je préciserai l’appellation un peu plus tard), de traitement et de dessin assisté par ordinateur est sans aucun doute le plus populaire et le plus connu dans l’histoire de la création graphique. En 1987, Thomas Knoll, étudiant à l’Université du Michigan, commence à développer à l’aide de son frère John un éditeur d’images qui se nomme alors "Image Pro". Ce dernier se rend à Silicon Valley pour présenter son programme, renommé "Photoshop", à Apple ainsi qu’à Adobe. En 1988, Adobe achète la licence du logiciel et une première version est officiellement mise au point en 1990. À ce jour, on compte 27 versions du logiciel.
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Écran de démarrage du logiciel Adobe Photoshop en 1990.
​On dit de Photoshop qu’il traite l’image matricielle, c’est-à-dire l’image en pixels. Ce type d’image est aussi appelé "carte de points" à cause de l’appellation anglaise "bitmap". L’image matricielle fait opposition à l’image vectorielle qui est traitée par d’autres logiciels tels qu’Adobe Illustrator.
 
Adobe Photoshop permet une multitude de possibilités créatives et est maintenant utilisé autant par les professionnels du graphisme que les artistes visuels et les photographes. Parmi les outils les plus fréquemment utilisés, on peut mentionner les outils de découpage et de détourage, les outils de dessin et de peinture numérique. Les outils de dessin et de peinture comprennent une variété diversifiée de pinceaux dont l’utilisation avec la tablette graphique imite avec précision le geste concret de la création. 
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Exemple d’interface de la dernière version de Photoshop, Photoshop CC, avec barre d’outils et création en cours par Eddie Russell.
​Pour en savoir plus sur Adobe et sur ses programmes, on peut visiter le lien suivant: https://creative.adobe.com/fr/plans. 
​Gimp
 
Gimp est un logiciel de retouche d’image matricielle conçu en 1995 dont l’acronyme désigne simplement "General Image Manipulation Program". Sa particularité est qu’il est reconnu pour sa gratuité. Toutefois, il est souvent reconnu pour être moins performant et moins adapté à un usage professionnel en comparaison au logiciel Adobe Photoshop. 
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Exemple d’interface du logiciel de création graphique Gimp.
​Tout est question de perception, mais pour en avoir fait usage, je peux affirmer que dans l’ensemble, ce logiciel ressemble de très près à Photoshop. Mentionnons notamment que le format .abr, soit le type de fichier de pinceaux pour Adobe Photoshop, est supporté par Gimp et en permet donc la compatibilité. La différence principale est que Gimp est moins indiqué pour du travail graphique destiné à l’impression étant donné qu’il nécessite l’utilisation de modules d’extension (« plug-ins ») afin de supporter le mode CMYK (cyan-magenta-jaune-noir), procédé d’impression largement utilisé. Gimp peut être téléchargé ici : https://www.gimp.org/. 
​ArtRage
​

Toujours dans la lignée des logiciels de traitement de l’image matricielle, ArtRage est l’un de mes coups de cœur. Il est peu connu, mais je l’utilise personnellement depuis quelques années pour mes besoins graphiques qui nécessitent une approche créative plus naturelle et plus rapprochée du geste concret du dessin ou de la peinture.
 
En plus d’être disponible en versions Windows et Mac, ArtRage est aussi disponible pour utilisation sur iPhone, iPad et pour Android.
 
Spécialisé en dessin et en peinture numérique, il n’est pas aussi complet d’un point de vue fonctionnel que Photoshop, mais permet d’utiliser une variété d’outils de création considérable. Je l’apprécie particulièrement pour sa facilité d’utilisation et pour sa fluidité lorsqu’utilisé avec une tablette graphique. 
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Exemple de peinture impressionniste réalisée avec ArtRage.
ArtRage a aussi comme avantage d’être plutôt économique (sa dernière version, ArtRage 5, est disponible pour environ 105 CAD). Pour en savoir davantage sur ce logiciel, rendez-vous sur le site https://www.artrage.com/.
​Il existe bien évidemment d’autres logiciels de création graphique qui imitent les trois logiciels ici présentés. Dans mon prochain article, je ferai un survol de l’image vectorielle (opposée à l’image matricielle ici présentée), de ses usages et des principaux logiciels qui en font l’utilisation.
 
Comme toujours, c’est un plaisir de rédiger pour "Talents d’Ici" et merci de m’avoir lue !





​Émilie Léger
​Artiste en art numérique
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Photo d'Émilie Léger : Daniel Bouguerra

Le marché de l'art serait-il sexiste ?

18/5/2017

 
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Pour avoir le plaisir de parcourir de nombreuses expositions et d’assister à maints vernissages, j’avoue avoir un petit faible pour les expositions collectives qui me permettent de mesurer l’étendue du talent de nos nombreux artistes mais aussi de poser un regard sur une multitude de techniques et de sensibilités. Ce fut le cas encore récemment avec l’exposition "Entre-Nous", qui est tous les ans organisée par la Maison Trestler de Vaudreuil-Dorion. Si je mentionne particulièrement celle-ci c’est surtout parce que c’est l’une des expositions qui regroupe le plus grand nombre d’artistes. Ils sont quelque quatre-vingts à y participer chaque année et, comme c’est toujours le cas lors de n’importe quelle exposition collective, les femmes artistes sont non seulement omniprésentes, mais elles sont très largement, mais très largement majoritaires. Pourquoi ? Je me suis souvent poser la question…

Ont-elles plus de temps que les hommes? Ont-elles plus de talent? Sont-elles plus inspirées? Plus productives? Les artistes masculins seraient-ils moins enclin à exposer leur travail? Je n’en sais strictement rien et aucune des réponses que l’on pourrait apporter à ces questions ne me satisferait. Je me contenterai donc d’en faire l’agréable constat car voilà au moins un domaine dans lequel les femmes ne sont pas sous-représentées.
​
Pourtant, ce ne fut pas toujours le cas et rares sont les femmes qui purent, avant la seconde moitié du XXe siècle, s'affirmer dans ce domaine, accéder à une reconnaissance et surtout au statut de créatrice, de "femme artiste", même si quelques exceptions existent notamment au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, où, en Europe, apparaissent de fortes personnalités que l'histoire de l'art a très tôt reconnu comme telles.
​Femmes artistes depuis la nuit des temps
​Même si dès l'Antiquité, les femmes étaient associées à la production d'objets artistiques et à de nombreuses disciplines dites classiques comme la peinture, la sculpture, la gravure, ou l’architecture, elles sont restées plus ou moins marginalisées ou peu considérées. Au Moyen Âge, les femmes avaient l'habitude d'œuvrer aux côtés des hommes : l'enluminure, la broderie, ou les lettrines sont des exemples courants de la production artistique féminine de l'époque. Bien que quelques noms d'artistes percèrent au cours de cette époque, la très vaste majorité femmes, notamment des enlumineuses reste inconnue. À cette époque-là, comme pendant la Renaissance d’ailleurs, de nombreuses femmes artistes travaillaient dans des ateliers sous la direction d'hommes qui étaient souvent leur propre père ou leur frère. Les productions des ateliers étaient signées par le maître, pour signifier une qualité de la production, et non pour individualiser l'œuvre : il est donc difficile de différencier les productions des différents artistes d'un même atelier.
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​Lavinia Fontana, Minerve s'habillant
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Sofonisba Anguissola, autoportrait
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Oeuvre attribuée à Caterina dei Vigri
Malgré cet anonymat, des artistes laïques obtinrent pour la première fois une renommée internationale au cours de la Renaissance. Les bouleversements culturels, comme l'humanisme, peuvent sans doute expliquer cet essor des femmes artistes. Cependant, la laïcité comme foyer de l'émancipation par les arts n'était pas la règle : le voile, la retraite monastique, permit encore longtemps aux femmes d'échapper à la servitude du mariage et de s'épanouir malgré tout en tant que créatrice entre les murs… mais le long chemin vers l’émancipation semblait se dessiner, d’autant que le Livre du courtisan de Baldassare Castiglione, imprimé à Venise en 1508 fut extrêmement populaire en recommandant notamment d'éduquer les jeunes filles aux arts et aux lettres.
​
Mise à part le cas de la mystique Caterina dei Vigri (dite Catherine de Bologne), qui semble unique, apparaissent en Italie, un siècle plus tard, au milieu du XVIe siècle, un nombre important de femmes artistes peintres, issues de différentes écoles ou ateliers, mais qui n'accèdrent jamais au statut de "maître" car elles devaient se cantonner à des sujets bien précis : le nu leur était interdit et toute représentation de la violence était mal vue. Cependant, au sein de l'école romaine on vit s’épanouir Lavinia Fontana qui fut très appréciée des papes Grégoire XIII et Clément VIII ou encore la maniériste Sofonisba Anguissola, qui devint peintre officiel de la cour d’Espagne.
​Dans le sillage des mouvements féministes
​C’est ainsi que siècle après siècle, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, les femmes ont su s’émanciper artistiquement et obtenir enfin la reconnaissance qui leur était due, notamment pendant l’entre-deux-guerres, de 1914 à 1945, alors que d'importants mouvements féministes s'étaient mis en place aux États-Unis dès le milieu du XIXe siècle. En 1920, l'Américaine peut désormais voter, posséder son propre compte en banque, créer une entreprise et revendiquer son nom propre en tant que créatrice… en revanche, l'Anglaise et la Française resteront encore sous le coup du principe patriarcal jusqu'au milieu des années 1930. C’est à cette époque-là que la littérature accouche de femmes puissantes comme  Colette, Virginia Woolf ou Gertrude Stein; la photographie de Germaine Krull, Dorothea Lange ou Claude Cahun ; la peinture de Tamara de Lempicka, de Frida Kahlo ou encore de Marie Laurencin… autant d'exemples de noms qui transforment alors un paysage artistique qui ne cessera d’évoluer pendant les décennies suivantes et jusqu’à nos jours.
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Frida Kahlo, autoportrait
​Pourquoi n'y a-t-il pas de grandes femmes artistes ?
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Au cours des dernières décennies, les historiens de l'art, à commencer par Griselda Pollock, ont tenté de redécouvrir les biographies des femmes artistes, de signaler leur contribution magistrale à l'art moderne et postmoderne et de les incorporer à l'histoire de l'art. En 2006, le livre Women Artists at the Millennium, issu de la conférence "Pourquoi n'y a-t-il pas de grandes femmes artistes ? - 30 ans après" (université de Princeton, 1999) montre le changement obtenu depuis les années 1970.
C’est vrai qu’aujourd’hui les femmes sont très largement représentées dans toutes les disciplines des Arts visuels, de la peinture à la sculpture, en passant par le "street art", la mosaïque ou encore la céramique. Pourtant, malgré cette reconnaissance gagnée depuis un siècle et bien qu’omniprésentes dans toutes les sphères de la représentation artistique, elles le sont beaucoup moins au tableau d’honneur des ventes.
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Les résultats des ventes aux enchères représentent toujours un bon indicateur de la santé du marché de l’art. En consultant le Top 100 des résultats de ventes 2016, mis en ligne par Artprice, on constate que seules 4 femmes y sont présentes et plutôt dans le bas du tableau : Georgia O’Keeffe à la 62ème place, Agnes Martin à la 76ème, Joan Mitchell à la 86ème et enfin Jenny Saville à la 96ème… Si l’art n’a plus de sexe en 2017, le marché de l’art serait-il toujours sexiste ? La question reste posée… ​






​Christian Gonzalez
Agitateur culturel
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Sources et bibliographies : Wikipédia
​Photo de Christian Gonzalez : Daniel Bouguerra

Que faites-vous samedi ?

11/5/2017

 
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Il y a quelques années un client de longue date m’a offert un livre sur le monde des galeristes Il s’agit d’un livre édité en France mais dont les principes s’appliquent tout aussi bien ici. Ayant particulièrement trouvé que la conclusion du volume résumait bien ma façon de penser, j'en partage ici avec vous ces quelques paragraphes...
"Que faites-vous samedi ? Vous n’êtes pas libre ? Ah c’est vrai ! Toujours les galeries!" Combien de fois ai-je entendu cette phrase, accompagnée d’un sourire indulgent ou ironique selon l’interlocuteur. Aux amateurs qui arpentent les galeries le samedi après-midi, on demande souvent pourquoi ils se donnent cette peine : "Ne vaudrait-il pas mieux fréquenter la salle des ventes après vous être fait envoyer les catalogues ? Où aller voir directement les artistes dans leurs ateliers?" Salle des ventes, ateliers et galeries ne sont pourtant pas antinomiques et bien des collectionneurs connaissent les trois circuits. Cependant, dans les ventes aux enchères, les choses vont trop vite et être sous la menace d’un marteau qui gâche le plaisir. Dans les ateliers d’artistes, l’angoisse naît du face-à-face avec l’artiste, dont vous devenez prisonnier : il vous est difficile d’émettre un jugement critique, et même d’écouter votre intuition, vous perdez votre libre arbitre. Le galeriste fait tampon entre l’artiste et l’amateur, il assure la bonne distance, il allège. Il joue le rôle important de filtre. C’est lui qui est allé dans l’atelier choisir les œuvres, il les a sélectionnées et a réfléchi à leur présentation - encadrement et accrochage -, il est aussi un metteur en scène. Chez lui, vous pouvez prendre votre temps, critiquer, réfléchir, revoir les œuvres, discuter les prix et les conditions de paiement. Les amateurs qui imaginent faire de bonnes affaires en contournant les galeristes se trompent.
Faire un "tour de galeries" le samedi, comme on dit un tour de manège, est à la fois, pour les fidèles, un vieux rite et une discipline, source de bonnes surprises ou de déceptions. Vous préparez d’abord votre plaisir en regardant les cartons de vernissage, en étudiant les listes d’expositions éditées tous les deux mois par les galeries. Votre curiosité est aiguisée : à quoi vont ressembler les nouveaux tableaux de Philippe Cognée chez Templon ? Et l’installation d’Annette Messager chez Marian Goodman ? Quelles œuvres Catherine Thieck a-t-elle réunies dans l’exposition Visages? Vous bâtissez votre itinéraire. Dans la galerie, c’est le plaisir de découvrir les œuvres, productions d’un artiste inconnu ou d’au artiste dont vous suivez le travail. Plaisir encore de reconnaître la patte d’un galeriste dans le choix des œuvres et l’utilisation de l’espace. Vous finissez par connaître les goûts de ceux chez qui vous allez régulièrement. D’ailleurs certaines œuvres sont inséparables de la galerie où vous les avez vues et aimées. Plaisir enfin de partager vos impressions avec le maître des lieux ou ses assistants et de retrouver dans "vos" galeries des amis, d’y croiser des connaissances et même d’y nouer de nouvelles relations. 
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Les galeries sont un lieu pour la curiosité mais aussi pour la rencontre, la sociabilité et même la fraternité : rien ne rapproche davantage de quelqu’un que l’intérêt pour l’art, l’amour ou le rejet d’une œuvre. Elles sont agréables en toutes saisons. Par beau temps, vous y verrez quantité de jeunes gens flânant et devisant. Par temps de pluie ou de froidure, vous trouverez un accueil plus attentif de la part du galeriste et vous aurez l’impression d’être un vrai petit soldat de l’art…
Les samedis, me direz-vous, sont quelquefois bien décevants : quatre heures de marche, une douzaine de galeries visitées, aucune découverte, aucun coup de cœur. La rentabilité n’est pas forcément au rendez-vous. Mais, pour autant, vous n’avez pas perdu votre temps. Il y a quelque chose d’exaltant à s’imposer une telle discipline : vous vous tenez au courant de la création, du marché, de l’air du temps, vous participez au monde contemporain. Vivement samedi !
​Je vous laisse  sur ces quelques mots et j’espère vous voir cette semaine ou la suivante ou quand vous aurez envie de vous offrir un moment de réflexion, de paix et de beau. Visitez les galeries en plus d’être très agréable c’est gratuit!
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​Pierre Séguin
​Galeriste
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Source : Galeristes, entretiens, d’Anne Martin-Fugier, Actes Sud 2010, p.p.283 à 285.
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Photo de Pierre Séguin : Daniel Bouguerra

Pleins feux sur la loi vedette : S32.1

4/5/2017

 
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Il y a quelques semaines, vous pouviez lire mon explication de la Loi S32.01 et de son application en ce qui a trait au statut professionnel de l’artiste. Je vous ai mentionné que cette loi "a une sœur jumelle, pas si jumelle", la S32.1 : Loi sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma.
 
Cette loi s’applique aux artistes et aux producteurs de trois grands domaines : la scène (incluant le théâtre, le théâtre lyrique, le spectacle de musique, de danse et de variétés), le film (incluant la vidéographie et multimédia) et le disque (incluant les autres modes d’enregistrement du son, le doublage et l’enregistrement d’annonces publicitaires).
 
Merci de noter, encore une fois, que ce texte ne constitue pas un avis juridique, mais tente plutôt une vulgarisation du fonctionnement de cette loi.
 
Le contrat fait loi
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Le Tribunal administratif du travail a le mandat, entre autres, de reconnaître des associations professionnelles liées à l’application des deux lois québécoises sur le statut des artistes. Pour être reconnue, une association d’artistes doit démontrer qu’elle est un syndicat professionnel ou alors, qu’elle est une association à but non lucratif dont le mandat est similaire à celui d’un syndicat, qu’elle s’est dotée de règlements conformes aux exigences de la loi, et qu’elle rassemble la majorité des artistes d’un secteur de négociation déterminé.
Le texte de la loi S32.1 stipule clairement que les associations professionnelles qui évoluent sous son régime ont le devoir de "négocier une entente collective, laquelle doit prévoir un contrat-type pour la prestation de services par les artistes" (selon la section IV, article 24 , point 7). La loi S32.1 place donc l’obligation de signer un contrat à la base des conditions d’engagement de toute entente professionnelle entre un artiste et un producteur.
​

​Chapitre II - Statut professionnel de l'artiste
​6. Pour l’application de la présente loi, l’artiste qui s’oblige habituellement envers un ou plusieurs producteurs au moyen de contrats portant sur des prestations déterminées, est réputé pratiquer un art ou exercer une fonction visée à l’article 1.2, à son propre compte.
​
​Les critères de reconnaissances professionnels
 
Il est possible de connaître facilement les exigences des différentes associations professionnelles québécoises en vous référant à leur site Web. Voici un aperçu des critères d’admissibilité de certaines d’entre elles :
Associations
Critères d'admissibilité
​UDA (Union des artistes) 
​Accumulation de crédits
​ARRQ (Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) 
​Accumulation de temps de réalisation (minimum 60 minutes) selon des normes professionnelles reconnues
​SARTEC (Société des auteurs de radio, télévision et cinéma) 
​Signature d’au moins un contrat professionnel
​APASQ (Association des professionnels des arts de la scène du Québec)  
​Accumulation de crédits
GMMQ (Guilde des musiciens et musiciennes du Québec) 
​Être diplômé d’une école reconnue et avoir signé des contrats professionnels
AQTIS (Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son)
​Différents critères, selon la famille de métier
SPACQ (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec)  
​Un minimum de 5 œuvres musicales créées dans un contexte professionnel
AQPM (Association québécoise de la production médiatique) 
​Cumul d’expérience
Statut permissionnaire - un droit de passage
​
L’adhésion à une association n’est pas une obligation de la loi, mais le respect des ententes collectives et des conditions minimales d’engagement, oui. Il est donc possible, en tant que non-membre d’une association reconnue, de se procurer des permis de travail dans le cadre d’engagements spécifiques. Le statut permissionnaire est une option offerte par plusieurs associations qui permet de se conformer à la loi.
​Des lois jumelles fondamentalement différentes
Vous l’aurez compris : les deux lois ont comme principale différence le pouvoir de négociation. Une a été établie pourvue de la force et de la capacité de changer les choses, tandis que l’autre, non moins importante, n’a toutefois pas ce qu’il faut pour défendre adéquatement les artistes dont elle encadre la pratique… Du moins, pas encore!
 
La loi S32.01 a bien réussi à édicter des exigences particulières pour les contrats individuels, mais ceux-ci ne font pas l’objet d’une obligation. À cet effet, dans la section II, article 26 (point 8), vous pouvez lire qu’une association reconnue peut : "élaborer des contrats types de diffusion des œuvres des artistes professionnels et en proposer l’utilisation aux diffuseurs". Personne ne se pliera en quatre pour une proposition, soyons francs!
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Si l’on compare aujourd’hui les principales associations québécoises reconnues selon les deux lois et que l’on additionne le nombre de membres qu’elles regroupent, la différence est frappante. À mon avis, la mobilisation des artistes des domaines des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature est la seule option pour se rapprocher, un peu ou beaucoup, de la "belle jumelle".
​Loi S32.01
  • RAAV : 1 565
  • UNEQ : près de 1 650
  • CMAQ : près de 1 000
                                                                                                                                        Total : 4 215
Loi S32.1
  • UDA (Union des artistes) : 13 253
  • ARRQ (Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) : 748
  • SARTEC (Société des auteurs de radio, télévision et cinéma) : plus de 1 400
  • APASQ (Association des professionnels des arts de la scène du Québec) : 250
  • GMMQ (Guilde des musiciens et musiciennes du Québec) : plus de 3 200
  • AQTIS (Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son) : 6200
  • SPACQ (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec) : 800
  • AQPM (Association québécoise de la production médiatique) : 150
                                                                                                                                       Total : 26 001
Si vous souhaitez plus d’information sur les décisions rendues par le Tribunal administratif du travail, vous pouvez suivre ce lien.
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​Sabrina Brochu

Culture Montérgie
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Photo de Sabrina Brochu : Daniel Bouguerra

Ces fenêtres qui nous parlent...

27/4/2017

 
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Le vitrail se définit comme une composition décorative translucide formée de pièces de verre colorées maintenues par un réseau de plomb (lui-même soutenu par des tiges métalliques formant un cadre rigide). Toutefois cette définition résulte d’une certaine évolution de la technique puisque les vitraux étaient  à l’origine maintenus dans des cadres de bois ou par un liant de stuc ou de ciment. A partir du Xème siècle, cette technique va progressivement être remplacée par le vitrail au plomb en Occident, plus souple et plus malléable, et qui résiste mieux à l’humidité du climat.
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Technique de la baguette de plomb
Le verre est quant à lui bien plus ancien. Il apparait entre 5000 et 3000 avant J-C. et est originaire de Mésopotamie, de Syrie ou d’Égypte. Il est opaque, de couleur verte ou bleue.

Il faudra attendre 1500 avant J-C. pour voir apparaître les verres translucides, probablement issus de l’art de la céramique, de façon concomitante au développement de fours qui permettent des cuissons à des températures plus élevées.

Les verres multicolores se développent à partir du VIème siècle avant J-C. en méditerranée orientale, suivis de l’apparition du verre transparent au IVe siècle avant J-C. par l’ajout de dioxyde de manganèse qui purifie le verre en éliminant les oxydes qui le coloraient jusque-là.
Le vitrail est utilisé en architecture depuis des siècles. Il fait son apparition principalement dans les édifices religieux. Les plus anciens vitraux actuellement visibles datent de 1100 (XIIème siècle) et se trouvent dans la cathédrale d’Augsbourg en Allemagne fédérale.

A l’époque romane (début Xème siècle-moitié XIIème siècle) l’ensemble des murs des églises servaient de structure afin de supporter le poids de la toiture. Pour cette raison les ouvertures qu’on pouvait y pratique devaient se limiter à des superficies  minimales et pour cette raison les premiers vitraux étaient constitués de verres clairs afin de maximiser la pénétration de la lumière. À cause de ces contraintes architecturales, les fenêtres occupaient une surface réduite, la luminosité était minimale, les espaces étaient introvertis.
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Église romane
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Église romane
Avec l’avènement du style gothique (XIIème siècle-XVIème siècle), des arcs-boutants constituaient l’ensemble de la structure, les murs ne servaient plus à cette fin, ils devenaient de simples éléments de remplissage entre les colonnes si bien qu’il devint possible de pratiquer de plus grandes ouvertures pour les fenêtres. L’architecture générale des édifices de cette époque permet  la réalisation d’espaces beaucoup plus volumineux, la lumière est omniprésente et abondante, l’extérieur pénètre le bâtiment. Dès lors on commence à colorer le verre puisque la réduction de la luminosité  résultant de la coloration est compensée par l’augmentation de la superficie des ouvertures. Il en résulta des compositions artistiques plus sophistiquées et un effet visuel saisissant qui transforma de manière radicale l’aspect visuel des églises.  La Sainte Chapelle de Paris constitue l’apogée du style gothique ou le vitrail s’exprime dans toute sa splendeur. Le vitrail occupe presque toute la superficie des murs.
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Église gothique
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Église gothique
Le vitrail est au service de l’instruction religieuse, il représente des scènes bibliques, la vie des Saints ou parfois la vie quotidienne au Moyen-Âge. Dans bien des cas il était souvent impossible à interpréter par les fidèles, les verrières étant trop hautes pour être lisibles et les scènes trop petites.
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Du XVIème aux XVIIIème siècles le vitrail connait un crépuscule en raison des multiples crises monétaires et des guerres de religions. Plusieurs vitraux sont détruits (le tiers environ) afin de récupérer le plomb pour la fabrication de munitions. Les églises serviront à d’autres usages durant cette période. Plusieurs vitraux comportaient des blasons et armoiries en référence à l’époque féodale. Afin d’éviter leur destruction lors des nombreuses révolutions plusieurs furent murées afin de les sauvegarder.

Au XIX siècle les églises sont rendues au culte mais les dégâts sont énormes. La profession de maître-verrier elle-même est pratiquement disparue. Une vaste reconstruction est entreprise. C’est à cette époque ou le vitrail apparaît dans les édifices publics. À la fin de la deuxième guerre mondiale un renouveau souffle dans l’art sacré. L’architecture des églises développe un langage moderne et le vitrail suit cette tendance en s’exprimant à travers un vocabulaire de formes et de motifs renouvelés. On verra alors apparaître de nombreuses réalisations d'artistes comme Chagall, Matisse, Braque et Rouault.
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Église de Foucarmont en France
Le XXème siècle connait une percée majeure dans l’art du vitrail alors que l’artiste américain Louis Comfort Tiffany (1848-1933) révolutionne le monde du vitrail en développant une technique toute nouvelle qu’il met au service de l’Art Nouveau. Plutôt que d’utiliser la traditionnelle baguette de plomb il met au point une méthode inédite d’assemblage du verre. Chaque pièce de verre est enrobée d’un fin ruban de cuivre lequel est enduit d’une graisse à soudure facilitant l’application d’une soudure à chaud  Il en résulte un ensemble beaucoup plus délicat ou les joints d’assemblage sont nettement plus discrets que le ruban de plomb. Les œuvres qui en résultent sont d’une incroyable légèreté en plus de permettre la réalisation de composition toutes en finesse. Il n’y a qu’à songer aux légendaires lampes Tiffany pour réaliser que cette méthode permet littéralement de ‘’sculpter’’ le verre Nous reviendrons dans une prochaine chronique sur l’histoire et les réalisations de Louis Comfort Tiffany.
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Tiffany
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Baguette de plomb
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Lampe Tiffany
Les maître-verriers furent donc de tout temps des collaborateurs inestimables. Ils permirent aux architectes de raffiner leurs concepts et de sophistiquer leurs créations. Grâce à eux chaque bâtiment avait la possibilité d’exprimer avec plus de finesse son caractère, sa personnalité, sa raison d’être. Une fenêtre qui contribue à raffiner l’esprit et qui  ouvre sur le divin.
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​​Pierre Laurin
[email protected]
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Photo de Pierre Laurin : Daniel Bouguerra

Savoir profiter du hasard

20/4/2017

 
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​Loin de tendre vers un but déterminé en arts visuels, j'ai toujours accueilli les expériences artistiques et cherché des nouvelles possibilités d'expression, permettant les découvertes liées au hasard. Mais je précise en préambule que si je ne crée jamais par hasard - comme tant d’artistes l'ont fait ou le font encore aujourd’hui - je lui laisse cependant parfois l'opportunité de guider mes pas.
L’artiste et poète français Paul Eluard ​(1895-1952) disait: 
​"Il n’ y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous"
Je crois que les rencontres par pur hasard n’existent pas dans la mesure où c’est notre manière d'y répondre qui détermine si nous avons envie ou pas de recevoir le message. Le mot hasard, synonyme d'absence de cause peut simplement être utilisé pour signifier une force imaginaire produisant des événements inconnus ou inattendus. On attribue l'origine du mot hasard à l'arabe "al-zahr" signifiant à l'origine "dés" et ayant pris la signification de "chance", car il désigna jusqu'au XIIe siècle un jeu de dés. Le hasard nous renvoie à l’idée déstabilisante que le réel nous échappe et qu’on ne peut pas tout contrôler. Pourtant…
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Une rencontre avec une personne, un objet ou une découverte peut être déterminante dans notre processus de création artistique. Reconnaître au hasard une valeur, c’est intégrer une touche d’imprévu et accepter des modifications à l’intention originelle. Quoi qu’il en soit, on conserve toujours un rôle déterminant dans la création d’une œuvre : on prend ou non des dispositions susceptibles de laisser le hasard se manifester, on accepte ou rejette les résultats obtenus, et on assume cette responsabilité́ en la signant de son nom.
 
Aussi longtemps que remonte l’art dans l’humanité, les artistes ont longtemps voulu contrôler la matière et l’image selon des théories purement académiques. Le hasard qui apparaît comme la manifestation d’une volonté divine n’était pas considéré pour avoir une incidence favorable sur l’art. Pourtant le génie Léonard de Vinci (1452-1519), dont la curiosité infinie était seulement égalée par la force d’invention, proposait le hasard comme une fabuleuse opportunité pour peindre. Il s’inspirait de tout et de rien ! Mais dès 1665, l’Académie royale de peinture et de sculpture qui avait le monopole de l'enseignement artistique imposait un autre point de vue. Les théories défendues par ses membres avaient pratiquement force de loi dans le monde de l’art, un domaine dans lequel ils prétendaient que rien ne pouvait être laissé au hasard. Ce n’est qu’au début du XXe siècle dans le sillage des recherches scientifiques en art que certains peintres ont commencé à miser pleinement sur la notion de hasard.
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Marcel Duchamps
Roue de byciclette, 1913
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Jackson Pollock,
​Reflexion of the Big Dipper, 1947
Marcel Duchamp (1887-1968) qui est à l’origine du mouvement artistique DADA a su par exemple transformer des objets du quotidien en oeuvres d’art en déplaçant simplement le principe du choix. Son assemblage d’une roue de bicyclette et d’un tabouret n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt du "hasart", mot de son invention. Comme plusieurs artistes du mouvement DADA, il a laissé l’imprévu devenir le point de départ de sa démarche artistique et lui donner tout son sens.
Jackson Pollock ​(1912-1956) a été désigné comme un des premiers "peintres  du hasard" avec ses coulures qu’il laissait tomber et gicler sur ses toiles. Jamais avant lui les processus de hasard n’avaient été utilisés avec autant d'ampleur. Par un geste devenu incontrôlé, le hasard entrait de plain-pied dans l'oeuvre en y entraînant autant le peintre que le spectateur.
Lors d’un événement intitulé "La tentation du hasard", la 7e Biennale en Art contemporain de Montréal (2011) a présenté les oeuvres inédites de 40 artistes provenant de 10 pays, tous issus de disciplines des arts visuels, de la photographie, des arts électroniques ou des arts de la scène. Depuis cet événement, j’ai pris pleinement pris conscience que la notion de hasard pouvait m'aider à mieux situer ma pratique, quelque part entre le prévisible et l’imprévisible.
​Le hasard ou les accidents heureux
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Un médium qui ne répond pas à nos attentes ou encore un accident qui impose des changements dans notre processus créatif... tous les artistes sont confrontés à un moment ou à un autre à des défis techniques. C'est notre aptitude à apprendre et savoir utiliser ces incidents fortuits qui nous permet aussi d'évoluer. On doit rester attentif au formidable potentiel que le hasard recèle. Certaines idées créatives et quelques unes des inventions les plus connues sont souvent nées d'incidents de parcours ou d'effets inattendus parce que non recherchés. Ce fut le cas pour le four à micro-ondes, la dynamite, le Viagra®, les Corn flakes® ou le jouet Slinky®. L’histoire des inventions liées au hasard nous démontre que si le chercheur doit toujours garder un œil sur "ce qu'il cherche", il doit aussi envisager les résultats obtenus par "ce qu’il ne cherche pas". (2)
Au fil de "mes hasards"...
Au fil de nombreuses années de pratique, je ne compte plus les occasions où j’ai du adapter une oeuvre à cause d'un accident inattendu qui m’a fait dérouter de mon objectif premier, par exemple :

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Sur la toile L'arbre qui cachait la forêt (détail), alors que je m’apprêtais à ajouter de la dorure, le système de ventilation a démarré au moment où j’ouvrais mon sachet de feuilles d’or, collant celles-ci au hasard sur l’acrylique fraîche. Je n’ai pas retouché l’œuvre.
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​Sur la mosaïque La force de la fragilité
(détail), un mauvais mouvement de ma part avait déplacé tous les morceaux de verre et de céramique sur ma table de travail proposant un effet complètement différent au croquis initial. Après quelques ajustements, une nouvelle œuvre a pris forme, à mon plus grand étonnement.  

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Un collage totalement involontaire de trois images dans Photoshop, combiné avec un effet de fusion d’images, m’a permis de créer l’œuvre numérique Murmures au jardin d'hiver 
(détail) en cinq minutes.  
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​Savoir tirer profit du hasard
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On ne peut attendre que les heureux accidents arrivent car ils se produisent au moment où on s’y attend le moins. Toutefois en laissant entrer le hasard dans notre démarche créative et en nourrissant notre parcours artistique d’études et d’expérimentations, on multiplie les chances d'avoir des résultats satisfaisants, de faire des choix stratégiques et bien entendu... d’innover. 






Madeleine Turgeon
​Artiste en arts visuels
​madeleineturgeon.com
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Bibliographie
1. Pek Van Andel et Danièle Bourcier, De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit - Leçons de l’inattendu (L’Act Mem, 2009)
2. Lucile Berland, Le vrai génie des inventeurs: savoir profiter du hasard, Slate FR
3. George Brecht. L’Imagerie du hasard, Paris : Presses du réel, 2002
4. Augustin Manaranche, Hasard et aléatoire Dada & Art génératif, 2011
5. Danièle Perez, Le hasard dans l’art, 2016
​6. Sarah Troche, Le hasard comme méthode, 2015
​Photo de Madeleine Turgeon : Daniel Bouguerra

Le marché de l'art va bien... et toi, l'artiste ?

12/4/2017

 
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En 2016, le marché de l’Art s’est consolidé en Occident et a consacré la Chine dans son rôle de première puissance mondiale, avec une avance implacable de 1.3 milliard de dollars sur les États-Unis. C’est ce que nous indique Artprice, leader mondial de l'information sur le Marché de l'Art, dans son bilan annuel. Ce marché démontre désormais une maturité qui lui permet de s’affirmer comme un véritable placement alternatif avec 12.45 milliards de dollars d’enchères publiques. On peut désormais parler du Marché de l’Art comme d’un secteur économique à part entière. Ce résultat étonnant, compte tenu de l’économie, affiche une hausse de 291% depuis 2000. Cette croissance repose en grande partie sur la mondialisation du marché ainsi que sur l’intensification du segment haut de gamme en Occident, même si on peut noter un certain tarissement des chefs-d’œuvre exceptionnels. Ce qui n’a pas empêché Monet de signer le record mondial de 2016 avec La Meule, pour une somme de 81.5 m$.
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La meule, de Claude Monet
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Oeuvre de Zhang Daqian
​Fait significatif, le tiers des artistes présents dans le Top 500 sont chinois et le premier de ce classement l'est également, Zhang Daqian, avec 355 millions de dollars, alors même que les grands collectionneurs de ce pays diversifient de plus en plus leurs acquisitions. Conscients de la mutation de leur marché intérieur, ils misent sur les grandes signatures occidentales anciennes, impressionnistes, modernes ou contemporaines, après avoir fait flamber les prix de leurs compatriotes.

​​700 musées créés chaque année et une incroyable montée en charge d'internet
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Les enchères les plus spectaculaires ne répondent plus à des caprices de milliardaires, car l’achat de chefs-d’œuvre relève d’une stratégie économique bien rodée : un Gauguin, un Modigliani ou un Van Gogh majeurs sont l’assurance d’un rayonnement culturel planétaire et d’un taux de visiteurs exponentiel dans une industrie muséale devenue une réalité économique mondiale. Avec 700 nouveaux musées créés par an, il s’est construit plus de Musées entre 2000 et 2014 que tout au long des XIXème et XXème siècles.
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Si cette industrie dévoreuse de pièces muséales est l’un des facteurs primordiaux de la croissance spectaculaire du Marché de l’Art, l’omniprésence d’internet devient désormais le fer de lance principal des Maisons de Ventes de tous pays, au cœur de leur stratégie de conquête sur tous les continents. 97% des 6.300 maisons de ventes dans le monde sont aujourd’hui présentes sur internet (elles n’étaient que 3% en 2005). Christie’s comme Sotheby’s et les Majors ainsi que le reste de la profession ne conçoivent leur avenir que par internet où elles enregistrent des progressions de plus de 110%. Source : Artprice.
Et moi, et moi... et moi ?
 
Ce bilan prometteur qui s’appuie notamment sur les ventes aux enchères de maisons et de galeries parfois prestigieuses, peut paraître déconcertant vu de notre petite fenêtre, quand on est un artiste de Saint-Lazare, de Joliette ou de Longueuil. Au Québec, comme ailleurs, les galeries d’art semblent fermer leurs portes les unes après les autres et bon nombre d’artistes professionnels - et par ailleurs très talentueux - sont encore et toujours incapables de vivre de leur passion. Sauf si elles présentent des oeuvres d'artistes de réputation internationale, les expositions ne sont plus aussi courues qu’elles ne l’étaient et le public qui assiste à des vernissages se limite bien souvent à la famille, aux amis et aux proches de l’artiste qui expose, notamment en région. Cela semble un peu exagéré, mais c’est souvent la triste réalité. À qui la faute ? Certainement pas au public…
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On peut bien-sûr évoquer une situation économique défavorable ou instable, un manque d’intérêt ou d’éducation du public, pas assez de vulgarisation ou encore trop de sollicitations… même si ce sont des facteurs d’influence, ils ne sont peut-être que prétextes à justifier quelques réticences à la remise en question et au changement de la part de différents acteurs du milieu de l’art. Certains connaissent aujourd’hui le même désarroi que les chauffeurs de taxi face à une arrivée brutale d’Uber qui a remis en cause toute une profession devenue dramatiquement poussiéreuse. Oui, il y a d’autres méthodes et d’autres moyens de faire. Oui, il y a d’autres attentes du public et oui nous disposons désormais de moyens technologiques extraordinaires et souvent gratuits pour communiquer, annoncer, présenter, vulgariser… et se faire connaître.
 
Artiste professionnel : plus qu'un statut, c'est aussi un mode de fonctionnement

L’Art a le vent en poupe mais face à la montée en charge d’une multitude de pseudo-artistes et de pseudo-professionnels de la diffusion, ceux qui ont une réelle démarche artistique et un talent reconnu doivent savoir séparer le grain de l’ivraie. Ils ne peuvent plus se contenter d’exposer n’importe où, n’importe comment et avec n’importe qui. Ils ne peuvent plus se contenter du trop traditionnel vernissage sous forme d’un 5 à 7 avec vin et fromage annoncé par un simple communiqué de presse (qui sera relayé ou pas). Ils ne peuvent plus se contenter d’un seul site internet, aussi beau soit-il, s’il n’est pas animé, dynamisé et sans cesse enrichi. Ceux qui pratiquent l’art pour le simple plaisir ne se sentiront pas concernés par ces propos, mais ceux qui veulent en vivre doivent prendre conscience que les temps ont changé… si les artistes sont responsables de leur production, ils doivent aussi désormais assurer leur service de communication, de vente et d’après-vente. C’est aussi en ces termes-là qu’on devient un vrai professionnel, c’est-à-dire un artiste capable de vivre de son art.
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Je connais une artiste-peintre qui vit confortablement de son travail et qui vend ses œuvres autant sur internet, qu’en galeries ou lors d’expositions qu’elle organise d’ailleurs souvent elle-même. Elle me disait que parce que cela ne lui servait à rien de peindre huit heures par jour si ses toiles s’entassaient dans son sous-sol, elle avait depuis longtemps intégré dans sa routine quotidienne d’artiste un temps qu’elle réservait uniquement à son "service de vente" et à son "marketing" sur internet. Elle communique, elle informe, elle conseille et elle partage… elle finit par nous faire comprendre et aimer l’art et surtout par nous faire aimer SON art. Et, comme l’art n’a rien de triste, ses vernissages sont devenus de véritables fêtes qu’elle organise avec tant de passion, de bonheur et de créativité que le public est toujours au rendez-vous.
Les temps ont changé et les attentes du public aussi. Ce n’est pas pour rien que des institutions aussi conventionnelles et conservatrices que Christie’s et Sotheby’s se sont adaptées et ont pris d’assaut internet, comme la quasi-totalité des maisons de vente de la planète. J’aurai certainement l’occasion de vous en reparler…







​Christian Gonzalez
​Agitateur culturel
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Photo de Christian Gonzalez : Daniel Bouguerra

Devrions-nous assurer nos œuvres d'art et comment?

6/4/2017

 
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​Questions qu’on n’ose pas poser...
​mais pour laquelle tout le monde aimerait ou voudrait avoir une réponse :

 
C’est surprenant de voir la valeur des œuvres qui sont en libre circulation. Saviez-vous qu’après la première guerre mondiale c’est à Montréal que le plus grand nombre d’œuvres d’impressionnistes étaient vendues à l’encan en Amérique du nord. Une des raisons est que plusieurs soldats canadiens ont rapporté des œuvres d’Europe en revenant au pays et par la suite ils les ont revendues pour divers motifs. Plusieurs émigrants sont aussi venus s’établir au Canada et ils ont apporté avec eux les souvenirs de famille dont des œuvres d’art. Plusieurs de ces œuvres sont encore dans des collections privées. C’est à ce moment qu’ils se posent la question : 
 
Devrions-nous assurer nos œuvres d'art et comment?
 
Comme tout autre bien que nous possédons, les œuvres d'art devraient être assurées. Si vous n'avez que quelques œuvres, tableaux, sculptures ou objets rares peut-être que votre police d'assurance maison actuelle est suffisante. En parler à son courtier afin de s'assurer d'une couverture adéquate est de bon conseil.
 
Par contre si vous collectionnez depuis un certain temps ou que vous avez hérité de biens familiaux, il est recommandé de faire évaluer ces biens par un expert. Certaines œuvres peuvent valoir beaucoup plus aujourd'hui que lors de leur acquisition.
 
J'ai récemment fait l'inventaire d'un collectionneur qui achète une ou deux œuvres par année et qui fut bien étonné de la valeur actuelle de ses biens. Ses tableaux et sculptures acquis au fil des ans ont doublé et même triplé en valeur sans que jamais il n'ajuste sa couverture d'assurance. Muni du document d'évaluation écrit et photographique que je lui ai remis il a pu discuter avec son courtier d'assurances d'une protection adéquate de son patrimoine culturel.
 
Communiquez avec nous afin de faire évaluer votre collection d'objets d'art. C’est un service que nous offrons mais que bien peu de gens connaissent.






​Pierre Séguin
​Galeriste
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Loi S32.01 - Dans la mire

30/3/2017

 
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Dans mon dernier article, Prière de ne pas lancer de tomates, je vous exposais les grandes lignes du statut professionnel des artistes et des deux lois qui l’encadrent. Dans cette chronique et la suivante, j’aborderai plus en détail les composantes de ces lois. En d’autres mots, je souhaite démystifier les sous-entendus dans l’application des critères lors de l’évaluation d’un statut professionnel. Merci de noter que ce texte ne constitue pas un avis juridique. Mon interprétation est subjective et découle de mes observations.

Je commence par la loi qui me semble la plus complexe :

Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d'art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (loi S-32.01)

Les deux principaux objectifs de la loi sont de préciser les conditions relatives à l'obtention du statut d'artiste professionnel et de définir un cadre contractuel dans les rapports entre les artistes et les diffuseurs.
​
La loi, par le biais du Tribunal administratif du travail (TAT), reconnaît une seule association d’artistes comme mandataire de l’application de la loi par secteur d’activité. L’association représente ses membres et défend leur intérêt. Elle est aussi la seule à avoir la possibilité de négocier des ententes collectives sur des conditions minimales de diffusion. Liste des associations reconnues.
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Sans plus attendre…les deux premiers critères de la loi sont les plus simples :
1° il se déclare artiste professionnel; 
Se déclarer artiste professionnel signifie de se faire reconnaître comme travailleur autonome sur ses impôts et de respecter les mesures fiscales qui s’y rattachent.
2° il crée des œuvres pour son propre compte;
"Créer des œuvres pour son propre compte" est la formulation qui précise qu’en tant qu’artiste, vous recevez une rémunération grâce à la vente de votre art. Vous n’avez pas un employeur, vous n’êtes donc pas un salarié.

​Et puis, ça se complique...
À partir d’ici, la situation se complique un tantinet. Je vous exposerai les exigences selon les trois disciplines artistiques qui se rapportent à cette loi.
3° ses œuvres sont exposées, produites, publiées, représentées en public ou
​mises en marché par un diffuseur;
L’information manquante à la lecture du critère précédent, et qui n’est pas écrit noir sur blanc, c’est que l’exposition, la production, la publication, ou la représentation des œuvres doivent s’exercer dans un contexte professionnel. Pour vous aider à mieux saisir les conditions relatives au contexte professionnel, voici quelques éléments à considérer lorsque vous déposez votre dossier chez un diffuseur potentiel.
​
Le contexte est considéré comme professionnel lorsque le diffuseur respecte les conditions suivantes :
  • Le diffuseur fait signer des contrats qui incluent les clauses minimales prévues par la loi;
  • La sélection des artistes se fait par jury de pairs (un comité d’artistes professionnels ou de spécialistes du domaine);
  • Le diffuseur verse des cachets;
  • Le diffuseur démontre clairement une direction artistique et il propose une programmation en lien avec cette direction artistique;
  • En règle générale, le diffuseur reconnu obtient du financement du CALQ, du CAC ou de la SODEC pour ses activités dans une discipline artistique spécifique;
  • Parfois, le diffuseur est membre d’une association reconnue dans son secteur.​
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Arts visuels
Pour les artistes en arts visuels, l’association nationale reconnue est le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV). Malheureusement, il existe peu de lieux reconnus comme professionnels en Montérégie pour les expositions en arts visuels. N’hésitez donc pas à déposer votre dossier dans les autres régions du Québec. En plus de développer un nouveau public, vous accéderez à de nouvelles occasions de diffusion professionnelle.
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Métiers d’arts
L’association reconnue est le Conseil des métiers d’arts du Québec (CMAQ). Il y a toujours des frais reliés à la participation à des salons de métiers d’art. La raison est que contrairement à l’exposition, les salons ont un objectif purement commercial. Par contre, tout comme les arts visuels, on reconnaît les salons comme professionnels lorsqu’un comité de sélection de pairs évalue les candidatures et en détermine les exposants.
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Littérature
L’association reconnue en littérature est l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec (UNEQ). Pour le théâtre, il y a aussi, l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD).
Pour obtenir son statut professionnel en littérature, l’auteur doit avoir deux publications chez des éditeurs reconnus. Comme pour les autres disciplines, une maison d’édition reconnue est un éditeur subventionné pour ses activités liées aux arts et aux lettres.
4° il a reçu de ses pairs des témoignages de reconnaissance comme professionnel, par une mention d'honneur, une récompense, un prix, une bourse, une nomination à un jury, la sélection à un salon ou tout autre moyen de même nature.
Ce fameux quatrième critère, et non le moindre, diffère légèrement d’une discipline à l’autre. Le fait d’être boursier du CALQ ou du CAC et également, du Conseil des arts de Montréal (CAM), et du Conseil des arts de Longueuil (CAL), consiste en une reconnaissance professionnelle, peu importe la discipline.
Arts visuels
L’artiste a remporté, au moins à deux reprises, des prix significatifs remis par des jurys d’artistes professionnels différents. Il n'y a pas de reconnaissance lorsque l'on gagne un prix pour une seule œuvre. 

Métiers d’arts
Pour répondre à cette quatrième exigence, le CMAQ a mis en place un processus d’évaluation des œuvres qui analyse la qualité de fabrication et de réalisation selon des techniques traditionnelles. Cette particularité est une différence majeure avec le RAAV qui, pour sa part, n’évalue pas le portfolio lors de l’analyse des dossiers de nouveaux membres, mais plutôt le parcours professionnel.
​

Littérature
L’auteur répond à ce quatrième critère en ayant été invité à participer à un salon du livre ou à un festival littéraire reconnu ou alors, en ayant remporté un prix littéraire décerné par un jury de pairs.
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J’en suis consciente, la lecture de ce texte explicatif sur la loi peut vous avoir fait décrocher… Si vous lisez ces dernières lignes, vous avez survécu aux 900 derniers mots! Au final, vous avez un seul élément à retenir : n’hésitez pas à faire évaluer votre dossier par l’association qui vous représente. Le cumul de vos diverses expériences vous aura peut-être conduit directement à la porte d’entrée, sans même que vous l’ayez réalisé.

Dans mon prochain article, je vous présente la loi jumelle, pas si jumelle!, la S32.1. Vous découvrirez une différence majeure qui n’a rien de banal. À suivre...






​Sabrina Brochu
Culture Montérgie
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Photo de Sabrina Brochu : Daniel Bouguerra

L’ébénisterie des origines à nos jours, bref survol.

24/3/2017

 
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Les ouvrages d’ébénisterie marquent le paysage de la production architecturale depuis des siècles. Le travail du bois remonte à la nuit de temps et dès l’Antiquité ont commença à codifier les différents types d’assemblages de bois utilisés dans les travaux de boiseries faisant partie prenante des bâtiments. Les Égyptiens montrèrent une grande habileté dans l'emploi des dorures, des peintures, des incrustations et de la marqueterie. 
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​Au Moyen-Âge  on codifie les différentes spécialités. Au départ le métier de charpentier définie tous les métiers du travail du bois qui participent à la construction des cathédrales, des forteresses et des maisons en réalisant les charpentes, les moules de voûtes ainsi que les échafaudages et les appareils de levage: grues, roues, treuil, etc. Il s’agit du charpentier de la grande cognée, la cognée était une hache au long manche qu’utilisaient les bucherons et les charpentiers. Par opposition le charpentier de la petite cognée se spécialisait dans les ouvrages de bois de plus petites tailles. D’où l’appellation de menuisier (minutiare, rendre menu). Dans la construction des bâtiments le menuisier voyait donc  la fabrication des plus petits ouvrages de bois tels les cadres, portes, placards et mobiliers intégrés à la construction. 
 
Par définition l’ébénisterie est la partie de  la menuisier qui fabrique des meubles de luxe en utilisant notamment la technique du plaquage. L'ébéniste était  donc l'artisan du bois  qui travaillait l'ébène en appliqué comme élément d’ornementation sur les structures de bois massif (meubles, parements de murs et de plafonds). Se sont ajoutées les techniques de la marqueterie, le l’incrustation et de la sculpture. Il y avait donc les meubles et autres ouvrages d’architecture de bois massifs par opposition aux ouvrages plus sophistiqués ou l’ornementation prenait une place plus considérable. C’est pour cela qu’on crut bon d’apporter une clarification concernant la vocation de ces deux spécialités en précisant que la profession de menuisier est une profession de nécessité, tandis que celle de l'ébéniste est un art de luxe.
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Le terme de "menuisier en ébène" est mentionné pour la première fois en 1608 dans les statuts corporatifs parisiens. Le mot ébénisterie apparaît dans le dictionnaire de l’Académie Française en 1732. Un statut corporatif définit la spécialité d’ébéniste comme une des branches de la profession de menuisier. Plus tard les travaux de restauration et réhabilitation des ouvrages ont été inclus dans le champ d’expertise des ébénistes.
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Plus proche de nous au Québec, les charpentes de bois du début de la colonisation constituaient pour l’essentiel le système de construction le plus  facilement réalisable à partir des ressources naturelles disponibles. À mesure que les villes et  que l’organisation sociale se  développèrent on commença à utiliser le système de structure en vigueur en Europe : la pierre. Au fil du temps  ces constructions de pierres furent progressivement recouvertes de placages de bois sur leurs faces intérieures afin de contribuer à l’isolation et au confort des occupants. À l’origine il n’était pas rare que les menuisiers affectés à la construction des bâtiments soient mandatés pour assumer la conception de l’architecture et du design intérieur incluant l’ébénisterie. Progressivement une nouvelle classe d’ouvriers, les ébénistes,  fit son apparition en Nouvelle-France afin de répondre au besoin d’une classe bourgeoise en pleine expansion. Les bâtiments institutionnels, religieux et les habitations des groupes plus aisés exigèrent plus de sophistication afin de ne pas être en reste avec la mère patrie
L’ébénisterie était désormais confiée aux architectes qui en faisaient la planification dès la conception des bâtiments (mobiliers intégrés, murs et plafonds lambrissés), les ébénistes en devinrent les exécutants discrets. Les designs se sont transformés au fil du temps, sous l’influence de la conquête britannique, de la constitution du Canada  puis de l’attraction des États-Unis au niveau du commerce continental. L’ébénisterie est donc tout comme l’architecture un indicateur des transformations sociales et politiques qui ont façonnées l’histoire du Québec.
​Contrairement à l’usage en Europe l’ébénisterie au Québec n’était pas chapeautée par une structure corporative ou guilde afin de la représenter et défendre ses droits. La qualification de métier d’art pour l’ébénisterie est aussi relativement récente ici. Il revient au Conseil des métiers d’art du Québec d’avoir apporté une définition plus actuelle,  assez satisfaisante pour faire consensus :
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Métiers d'art : "la production d'œuvres originales, uniques ou en multiples exemplaires, destinées à une fonction utilitaire, décorative ou d'expression et exprimées par l'exercice d'un métier relié à la transformation du bois, du cuir, des textiles, des métaux, des silicates ou de toute autre matière". (Loi S-32.01).

Cette définition est intéressante puisqu’elle englobe dans un même énoncé les notions d’activité utilitaire (de métier) et le concept de production artistique. Œuvres originales….uniques….destinées….à une fonction d’expression…. Une  définition qui font se rencontrer l’artiste et l’artisan.
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L’ébénisterie commerciale dans son ensemble est de nos jours assez loin de la description traditionnelle  présentée en début de propos. Les contraintes économiques font que les travaux de plaquage, marqueterie, incrustation er sculpture sont devenus l’activité d’une minorité d’artisans en Amérique, alors que la restauration de mobilier traditionnel occupe encore un grand nombre parmi eux en Europe. Au sens strict la majorité des ébénistes répondent d’avantage à la définition de menuisiers de meubles, ou alors faudrait-il rafraîchir la définition de la profession afin de la rendre plus actuelle. Les modes et tendances actuelles semblent abonder dans ce sens lorsqu’on observe ce qui se produit dans la majorité des entreprises d’ébénisterie (production de masse de meubles en mélamine). Les restrictions monétaires et la compétition des marchés asiatiques forcent au dépouillement et à la simplicité, qu’il s’agisse de projets modestes ou de plus grande envergure. Le design se fait sobre, sommaire, dépouillé
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​Heureusement de plus en plus d’artisans ébénistes s’affichent comme des créateurs engagés dans une démarche de réflexion ayant pour objectif la réalisation d’œuvres uniques et originales. La recherche et la créativité sont à l’honneur, on sent un besoin urgent de rendre à la profession ses lettres de noblesse et faire contrepoids à une industrie qui a perdu la trace de ses origines et de son âme. Ces ébénistes ne sont plus les discrets exécutants des créations de designers et d’architectes, ils participent souvent à la création en étroite collaboration ou en sont eux-mêmes les concepteurs en rapport direct avec la clientèle. Ils redeviennent les pionniers qu’ils furent quelques siècles plus tôt, la roue tourne.
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​L’ébénisterie actuelle est  donc constituée de joueurs se situant aux extrêmes du spectre, tant du point de vue de la production que de celui de la création. L’architecture contemporaine véhicule dans ses réalisations cette recherche d’identité et cette quête d’identité. À l’image de l’ensemble de la société, l’activité humaine est en mutation dans cette spécialité comme dans bien d’autres secteurs. Espérons que le meilleur soit à venir, touchons du bois…





Pierre Laurin
[email protected]
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Photo de Pierre Laurin : Daniel Bouguerra
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    Christian Gonzalez
    ​Agitateur culturel

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